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...vôtre !

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(Photo : Chelsy de Valérie)
 
Mardi 25 avril 2006

Quand j'étais un chiot, je t'ai amusé avec mes cabrioles et t'ai fait rire.

Tu m'as appelé ton enfant, et en dépit de plusieurs chaussures mâchées et quelques oreillers éventrés, je suis devenu ton meilleur ami. Toutes les fois où j'étais méchant, tu agitais ton doigt vers moi et me demandais "comment as-tu pu ?", mais après on s'amusait ensemble.

Mon éducation a pris un peu plus longtemps que prévu, parce que tu étais terriblement occupé, mais nous y avons travaillé ensemble. Je me souviens de ces nuits où je fouinais dans le lit et écoutais tes confidences et rêves secrets, et je croyais que la vie ne pourrait jamais être plus parfaite.

 

Nous faisions de grandes balades et courses dans le parc, promenades en voiture, arrêts pour de la crème glacée (j'avais seulement le cornet parce que "la glace est mauvaise pour les chiens", disais-tu), et je faisais de longues siestes au soleil en attendant que tu rentres à la maison.

Progressivement, tu as commencé à passer plus de temps au travail, à te concentrer sur ta carrière, et à chercher assidûment une compagne humaine. Je t'ai attendu patiemment, t'ai consolé après chaque déception et chaque fois que tu avais le coeur brisé, ne t'ai jamais reproché tes mauvaises décisions, et ai sauté de joie lors de tes retours au foyer.

 

Et puis tu es tombé amoureux. Elle, maintenant ta femme, n'est pas une fana des chiens, mais je l'ai accueillie dans notre maison, ai essayé de lui montrer de l'affection, et lui ai obéi. J'étais heureux parce que tu étais heureux.

Ensuite les bébés humains sont arrivés et j'ai partagé votre excitation. J'étais fasciné par leur couleur rose, leur odeur, et je voulais les pouponner aussi. Seulement vous vous êtes inquiétés que je puisse les blesser, et j'ai passé la plupart de mon temps banni dans une autre pièce ou dans une niche. Oh, comme je voulais les aimer, mais je suis devenu un "prisonnier de l'amour".

 

Quand ils ont commencé à grandir, je suis devenu leur ami. Ils se sont accrochés à ma fourrure et se sont levés sur leurs jambes branlantes, ont mis leurs doigts dans mes yeux, fouillé mes oreilles, et m'ont donné des baisers sur le nez. J'aimais tout d'eux et leurs caresses - parce que les tiennes étaient maintenant si peu fréquentes - et je les aurais défendus avec ma vie s'il avait fallu.

 

J'allais dans leurs lits et écoutais leurs soucis et rêves secrets, et ensemble nous attendions le bruit de ta voiture dans l'allée.

Il y eut un temps, quand les autres te demandaient si tu avais un chien, où tu leur montrais une photo de moi dans ton portefeuille et tu leur racontais des histoires à mon propos. Ces dernières années tu répondais juste " oui " et changeais de sujet. Je suis passé du statut de "ton chien" à seulement "un chien", et vous vous êtes offensés de chaque dépense pour moi.
Maintenant, vous avez une promotion de carrière dans une autre ville, et vous allez déménager dans un appartement qui n'autorise pas les animaux familiers. Tu as fait le bon choix pour ta "famille", mais il y eut un temps où j'étais ta seule famille...

J'étais excité par la promenade en voiture jusqu'à ce que nous arrivions au refuge pour animaux. Cela sentait les chiens et chats, la peur, le désespoir. Tu as rempli la paperasserie et as dit : "Je sais que vous trouverez une bonne maison pour lui". Ils ont haussé les épaules et vous ont jeté un regard attristé. Ils savent la réalité concernant un chien entre deux âges, même un avec "des papiers." Tu as dû forcer les doigts de ton fils pour les détacher de mon cou et il a crié "Non, Papa ! S'il te plaît, ne les laisse pas prendre mon chien !". Et je me suis inquiété pour lui. Quelles leçons lui avez-vous apprises à cet instant au sujet de l'amitié et la loyauté, au sujet de l'amour et de la responsabilité, et au sujet du respect pour toute vie ? Tu m'as donné un "au revoir-caresse" sur la tête, as évité mes yeux, et as refusé de prendre mon collier avec toi. Après votre départ, les deux gentilles dames ont dit que vous saviez probablement depuis plusieurs mois au sujet de votre déménagement, et que vous n'aviez rien fait pour me trouver une autre bonne maison. Elles ont secoué la tête et ont dit : "Comment ont-ils pu ?".Ils sont aussi attentionnés pour nous ici, dans le refuge, que leurs programmes chargés le leur permettent. Ils nous nourrissent, bien sûr, mais j'ai perdu l'appétit depuis plusieurs jours déjà. Au début, chaque fois que quelqu'un passait près de ma cage, je me précipitais en espérant que c'était toi, que tu avais changé d'avis, que c'était juste un mauvais rêve... Ou j'espérais tout au moins que ce soit quelqu'un qui se soucie de moi et qui pourrait me sauver. Quand je me suis rendu compte que je ne pourrais pas rivaliser avec les autres chiots qui folâtraient pour attirer l'attention, je me suis retiré dans un coin de la cage et ai attendu.J'ai entendu ses pas quand elle s'est approchée de moi en fin de journée, et j'ai trottiné le long de l'allée jusqu'à une pièce séparée. Une pièce heureusement tranquille. Elle m'a placé sur la table et a frotté mes oreilles, et m'a dit de ne pas m'inquiéter. Mon coeur battait d'appréhension à ce qui allait arriver, mais il y avait aussi un sentiment de soulagement. Le "prisonnier de l'amour" avait survécu à travers les jours. Comme c'est dans ma nature, je me suis plutôt inquiété pour elle. Le fardeau qu'elle porte pèse lourdement sur elle, et je le sais, de la même manière que je connaissais ton humeur chaque jour. Elle a placé une chaîne doucement autour de ma patte de devant et une larme a roulé sur sa joue.

J'ai léché sa main de la même façon que je te consolais il y a tant d'années. Elle a glissé l'aiguille hypodermique habilement dans ma veine. Quand j'ai senti la piqûre et le liquide se répandre à travers mon corps, je me suis assoupi, l'ai examinée de mes yeux plein de tendresse et ai murmuré : "Comment as-tu pu ?". Peut-être parce qu'elle comprenait mon langage, elle a dit " je suis si désolée." Elle m'a étreint, et m'a expliqué précipitamment que c'était son travail de s'assurer que j'aille dans un endroit meilleur où je ne serais pas ignoré ni abusé ni abandonné, où je pourrais pourvoir moi-même à mes besoins, un endroit rempli d'amour et de lumière très différent d'ici. Et avec mes dernières forces, j'ai essayé de me transporter jusqu'à elle et lui expliquer avec un coup sourd de ma queue que mon " Comment as-tu pu ?" n' était pas dirigé contre elle.

C'était à toi, Mon Maître Bien-aimé, que je pensais.

Je penserai à toi et t'attendrai à jamais.
Puisse tout le monde dans ta vie continuer à te montrer autant de loyauté.

Texte : Jim Willis 2001
Illustrations : Monique Martin 1974

 

par Mifaon publié dans : BREVES
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